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Le
Cocotier, (Cocos nucifera) est un des arbres les plus utiles des
pays chauds; il croît dans presque toutes les régions
équatoriales des deux Mondes. Il appartient a la division
des plantes monocotytédones; à la classe de la monoécie
hexandrie de Linné a la famille des Palmiers de Jussieu.
Il
aime le voisinage de la mer. Un terrain mélangé, dans
une juste proportion, de sable et de terre végétale,
lui convient le mieux; il s'élève a 60 ou 70 pieds;
son tronc, d'une grosseur à peu près égale
dans toute son étendue, porte a son sommet douze à
quinze feuilles longues de plus de 10 pieds, composées chacune
de deux rangs de folioles étroites et pointues; les feuilles
inferieures sont inclinées, les intermédiaires sont
plus ou moins horizontales; les jeunes feuilles sont droites; par
cette disposition elles forment un beau panache, qui donne au port
de cet arbre la plus grande élégance, et le rend l'ornement
des massifs de verdure qu'il domine. Les nouvelles feuilles, lorsqu'elles
ne sont pas encore developpées, forment un gros bourgeon
allonge et fort tendre, que l'on nomme Chou; il est très
bon à manger, mais en le coupant on ferait périr l'arbre.
Toutes
les parties du Cocotier sont utiles a l'homme. Son tronc se fend
en soliveaux, que l'on emploie le plus ordinairement dans les constructions;
mais il a l'inconvenient d'etre souvent attaque par les fourmis
blanches; elles detruisent la partie medullaire qui, comme dans
tous les autres palmiers, est interposee entre les fibres ligneuses.
Les feuilles de Cocotier servent a former les clotures et a couvrir
les maisons; on ne coupe pour cet effet que les vieilles feuilles:
le cent se vend quatre fanores (1 fr. 20 c.). Mais c'est du fruit
que l'on retire les plus grands avantages ce fruit est un drupe
de la grosseur d'un melon moyen compose de fibres fortes, flexibles
et lastiques qui recouvrent un noyau monosperme a coque dure, d'une
seule piece, marquee de trois sutures saillantes, et creusee a sa
base de trois trous inegaux.
Le
Cocotier commence a porter des fruits a cinq ans, il est en plein
rapport a dix; on assure qu'ilil produit pendant plus d'un siecle.
A l'aisselle de ses feuilles il sort, deux fois par an, cinq a six
panicules, nommees regimes, qui, d'abord, sont enfermees dans de
grandes spathes; en se developpant, elles se chargent de petites
fleurs jaunatres, les unes males, les autres femelles, auxquelles
succedent, pour chaque regime, une dizaine de fruits qui murissent
successivement.
La
coque de ces fruits, lorsqu'ils sont jeunes, est tapissee interieurement
d'une chair tendre, blanche, peu epaisse, et ayant le gout d'amande;
le reste de l'interieur contient un grand verre, environ, d'une
liqueur legerement laiteuse, d'un gout tres-agreable, et refraichissante;
en murissant, la chair qui tapisse le noyau devient plus ferme,
et acquiert l'epaisseur d'un demi pouce; le liquide qui remplissoit
l'interieur diminue et disparait presque entierement. Si l'on veut
retirer du Cocotier le tari ou vin de palmier, nomme, sur la cote
de Coromandel, kalou il faut sacrifier les fruits: lorsque la panicule
est encore enfermee dans sa spathe, on la coupe a deux pouces de
son extremite, et on fait dans cet endroit une ligature; pendant
plusieurs jours on frappe legerement le long du regime, pour exciter
l'ecoulement du tari; lorsque l'on voit qu'il s'echappe quelques
gouttes, on enleve la ligature, et on attache un vase en terre pour
recevoir la liqueur. Chaque Cocotier en fournit environ une pinte
par jour, moitie le matin et moitie le soir; on a le soin de rafraichir
a chaque fois la plaie par une nouvelle taille. Lorsque les Cocotiers
sont dans un bon sol, qu'on les arrose et que l'on essore la terre
autour d'eux, ils peuvent donner jusqu'a deux pintes de liqueur.
L'extraction du tari les epuise; c'est pour cette raison qu'ordinairement
sur la cote de Coromandel, on fait alternativement une recolte de
tari et une recolte de cocos.
Le
produit d'un Cocotier peut se calculer a environ une roupie et demie
ou deux roupies par an (3 fr. 60 c. a 4 fr. 80 c.). Le tari, lorsqu'il
est frais, est une liquer agreable, mais enivrante; il fermente
et s'aigrit promptement: en le distillant, on obtient environ un
cinquieme de son volume en arack a 20 degres; on en fait du vinaigre:
il sert de levain pour la boulangerie, et de ferment pour diverses
boissons que l'on prepare dans l'Inde.
Avec
l'ecorce fibreuse, ou brou, qui recouvre la coque, on prepare une
filasse dont on fabrique des cordages. Avec la coque mure on fait
divers ustensiles, et de petits vases susceptibles d'un beau poli,
et pouvant etre elegamment sculptes. Lorsque l'amande est mure on
s'en sert, fraiche et rapee, pour assaisonnement dans plusieurs
preparations alimentaires.
A
Java, et dans les autres iles de la Sonde et des Moluques que j'ai
visitees, l'huile retiree a chaud de l'amande fraiche sert exclusivement
a la cuisine des indigenes; ils n'emploient ni la mantaigne ni le
saindoux. Sur toute la cote de Coromandel il se fait une consommation
considerable d'huile de cocos, pour la lampe, pour les ceremonies
religieuses, et pour diverses preparations dans les arts et dans
la medecine; on l'obtient par expressior de la maniere suivante.
Lorsqu'on
a depouille le fruit de son ecorce, on casse la coque, et on l'expose
a l'air et au soleil pendant deux jours; l'amande se separe alors
facilement de son enveloppe; on la coupe ordinairement en deux parties:
elle prend alors le nom de cappera; on l'expose pendant environ
huit jours au soleil, pour faciliter le developpement des parties
huileuses, et enlever toute l'humidite des amandes; le cappera,
bien prepare, doit etre sec et cassant, et n'avoir pas une odeur
forte ou desagreable; il doit etre dans sa cassure d'un blanc grisatre.
La cote de Coromandel ne fournit pas la quantite necessaire a sa
consommation; on en retire beaucoup de la cote de Malabar, des iles
de Ceylan, des Sechelles, de Saint-Diego-Garcia: celui des Sechelles
est le meilleur. On m'a assure que six cocos au choix pouvoient
donner une pinte d'huile; mais ordinairement d'un candy de cappera
qui pese quatre cent quatre-vingts livres marc et qui contient douze
cents cocos, on ne retire que trois cent soixante serres: la serre
pese huit onces marc, et la pinte vingt-deux onces. Le prix du candy
de cappera a varie, depuis que je suis dans l'Inde de cinq a sept
pagodes a l'etoile. (42 fr. a 56 fr. 80 c.)
Le
moulin a huile de la cote de Coromandel est forme d'une espece de
mortier creuse dans un tronc de tamarinier, profondement enfonce
dans le terrain, et eleve au dehors d'environ trois pieds, on le
choisit du plus grand diametre possible; pour n'en rien diminuer
on laisse subsister ses irregularites. Le reservoir a un pied de
diametre a son orifice, et vingt pouces de profondeur; il a une
forme conique, a partir de l'ouverture jusqu'a la profondeur d'un
pied, ou le diametre n'est que de huit pouces; il s'elargit ensuite,
et forme a sa base une cavite spherique, dont la grande largeur
est de dix pouces. Le pilon est une solive ronde de cinq pieds de
long, dont la partie inferieure est arrondie et la partie superieure
terminee en pointe; cette pointe est repue dans un trou pratique
dans une piece de bois qui est accolee a une autre au moyen d'un
lien de corde: celle-ci tient par une mortaise et une cheville a
l'arbre qui sert a la fois de bascule et de moteur a l'appareil
(La figure ci-jointe, Pl. XVI, fig. 2, donnera une idee exacte de
cette machine fort simple.) L'arbre, qui a I 8 pieds de longueur,
tourne a la base du mortier dans une gorge qui y est entaillee;
a l'autre extremite sont-attaches deux boeufs,qua qua donnent le
mouvement circulaire ; on charge cette partie de plusieurs grosses
pierres, pour augmenter l'effet: quelquefois c'est le conducteur
des boeufs qui sert de poids. Les deux morceaux de bois qui, en
fixant le pilon, dirigent son action, tires en bas par la force
de la bascule, font incliner le pilon de facon que sa partie inferieure
presse contre les parois de la cavite spherique, et que sa face
laterale presse egalement contre les parois de la cavite conique;
il ecrase par ce moyen, dans son mouvement circulaire, le cappera
qu'il rencontre, et le reduit en pate: on ajoute au fur et a mesure
de nouveau cappera; la pate s'epaissit, l'huile se separe du marc
et s'echappe par en halt, ou elle est retenue sur la table qui entoure
l'ouverture du mortier par un rebord d'un pouce; on la recueille
avec des cuillers. Lorsque le marc ne forme plus qu'une masse seche,
oll le brise a coups de pince et on l'enleve: il reste au fond de
la cavite une portion de l'huile, que l'on retire en y trempant
des chiffons qui s'en imbibent. Pour exprimer l'huile d'un candy
de cappera, il faut pendant quatre jours le travail du moulin durant
dix heures; chaque journee on y emploie deux hommes et deux boeufs;
un des hommes conduit les animaux, l'autre soigne le moulin et recueille
l'huile. On paie par candy treize roupies (7 fr. 20 c.), et le marc
reste a l'ouvrier, ou il sert a nourrir les boeufs; les pauvres
gens le mangent lorsque le grain est cher. Le pilon doit etre fait
d'un bois lourd et dur; on emploie ordinairement celui de l'Acacia
Arabica (acacia d'Arabie), du Mimosa Lebbeck (bois noir), du Nerium
anti-dyssenterneum (velle morun). J'ai encore vu des pilons faits
avec la Swietenia chloroxylon (bois satin), de Ceylan. Le moulin
a huile, de la cote de Coromandel, appartient a l'enfance des arts
mecaniques; on voit aisement qu'il a pour origine le mortier ordinaire,
auquel il a fallu donner, pour en tirer les substances huileuses,
de plus grandes dimensions, et une action plus forte; et alors,
faute d'un levier suffisant on a ete oblige de substituer a la percussion
verticale la pression laterale et circulaire, dont l'action est
bien moins considerable que celle de nos moulins d'Europe. Un autre
vice essentiel de cette machine, est la multiplicite des frottemens,
celui dans une double direction du pilon, et celui de l'arbre- contre
la gorge de la base du mortier; ils enervent inutilement, si j'ose
m'exprimer ainsi, la force motrice, de sorte que, comme on l'a vu
precedemment, les resultats de ce moulin no sont point en proportion
avec la force et le temps employés.
Le
Cocotier a plusieurs ennemis qui lui portent de grands prejudices;
le plus dangereux est un scarabee noir (Oryctes Rhinoceros), qui
devore les jeunes feuilles non encore developpees: si on ne prenoit
pas les precautions necessairement cet insecte feroit perir un grand
nombre d'arbres. Le gouvernement paie, a Pondichery, deux hommes
qui n'ont d'auiie occupation que d'aller a la chasse de ce scarabee.
La marte des palmiers (en tamoul Parado - Paradii xurustypus Fred.
Cuvier ~ Mem. du Mus. tom. 9), dont j'ai envoye un individu vivant
a la menagerie du Roi, grimpe sur les arbres, et ouvre les jeunes
cocos pour boire l'eau qu'ils renferment. Enfin l'ecureuil palmiste,
qui profite des trous faits par la marte pour manger l'amande des
cocos.
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