Ambassadeur,
historien, grand voyageur, Ibn Battûta est chargé par le sultan
du Maroc d'une mission auprés du Royaume noir du Mali.
Il
effectua son voyage en 1352 et il est le seul témoin à laisser un
écrit antèrieur aux explorateurs européens. Les autres géographe
arabes n'ont écrit qu'a partir d'informations recueillies comme
certainement Al-Umari vers 1348 (*)
Les
écrits d'Ibn Battûta sont donc trés importants sur le plan historique
et sociologique. Il rend compte avec beaucoup de détails de ses
missions. Il s'étend moins sur la géographie et les coutumes, mais
comme le fera plus tard Mungo Park, il nous retrace en quelques
phrases les liens de l'Afrique avec le Karité :
...Parmi
les arbres de cette sorte de forêt qui se trouve entre Iouâlâten
et Mâlli, il y en a dont les fruits ressemblent aux prunes, aux
pommes, aux pêches et aux abricots; mais ils sont d'un autre genre.
Il y a aussi des arbres qui donnent un fruit de la forme d'un concombre
long; lorsqu'il est bon ou mûr, il se fend et met à découvert
une substance ayant l'aspect de la farine; on le fait cuire, on
le mange et on le vend aussi sur les marchés (**)
Les
indigènes tirent de dessous ce sol des graines qui ont l'apparence
de fèves; ils les font frire, les mangent et leur saveur est comme
celle des pois chiches frits (***). Quelque fois ils font
moudre ces graines pour en fabriquer une espèce de gateaux rond
spongieux, qu'ils font frire avec le "GHARTI"; on appelle
ainsi un fruit pareil à la prune, lequel est trés sucré, mais nuisible
aux hommes blancs qui en mangent. On broie ses noyaux et on en extrait
de l'huile, qui sert aux gens de ce pays à plusieurs usages. Tels
sont entre autres : d'être employé pour la cuisine; de fournir à
l'éclairage dans les lampes; d'être utile pour la friture du gâteau
ou beignet, de servir à leurs onctions du corps, d'être employé
aprés son mélange avec une terre qui se trouve dans cette contrée,
à enduire les maisons comme on le fait ailleurs au moyen de la chaux.
(*)Al-Umari
"Il y a un arbre appelé KARITI
qui a un fruit semblable au limon et dont le goût est semblable
à la poire avec à l'intèrieur un noyau charnu. On prend ce noyau
qui est tendre, on le broie et on retire une sorte de beurre qui
devient compact comme lui. On en blanchit les maisons, on le brûle
dans les lampes, on en fait du savon. Si on veut manger ce corps
gras on le traite au feu. Le produit obtenu est utilisé comme le
beurre.
(**)Certainement
le Néré, autre plante décrite par Mungo Park et à laquelle il donna
aussi son nom : Parkia Biglobosa. Cette farine
jaune sert aujourd'hui pour l'alimentation animale et dans certaine
région à colorer le beurre de Karité.
(***)Voandzous
(antèrieur à l'arachide)
|